le 01/07/09

Insaisissable Sonja...

 

 EvE

 

Nous passâmes des heures à justifier comment de l'urine de babouin avait atterrit sur l'IDNA de mon corridor d'entrée. De retour à mon appartement, à bout de nerf, Sonja et moi transgressâmes pendant trois jour durant tous les principes de promiscuités hommes-femmes édictés dans la charte de Clonéthique. Peu enclin à ce type de transgressions légales, je gardai tout de même un œil, lors de nos ébats, sur les indicateurs Physiométriques de mon biocheck. Une alerte, notamment sur le niveau de ma tension artérielle ou de la composition chimique de ma formule sanguine, aurait été difficile à justifier.
Un matin, Sonja rentra chez elle sur ses terres arides de l'Union Australe. Deux mois plus tard, elle me recontacta, je lui manquais.
Nous nous revîmes ensuite souvent la première année, sans pour autant rien nous promettre. Elle faisait sa vie et je menais la mienne. Nous inventions, sans cesse, des stratagèmes toujours plus ingénieux à chaque fois. Déjouer les lois géniques de la Bioéthnique et leur police devenait un exercice de plus en plus périlleux. Etre en marge de la législation planétaire nous excitait. Notre vie aurait pu continuer comme cela encore longtemps, chacun y trouvait son compte.
En plein hiver, ce devait être un vendredi soir, mon vocacode retentit. Je me connectai, à contre cœur, au troisième neurosignal.
« Hélias ? » l'image de Sonja apparut.
« Sonja ? C'est toi ? Waouh ! Quelle surprise ! Je ne m'attendais vraiment pas à ton appel. Tu fais quoi ? Tu as l'air bizarre, ça va ? »
Le regard de Sonja semblait électrisé, comme celui d'une junkie.
« Je peux monter ? Je suis en bas de ton block. »
« En bas ??? Sérieux ? Il y a une semaine, tu m'as dis que tu partais pour « l'Outland » en plein désert. Tu devais y rester un mois. Tu n'y es finalement pas allé ? Tu me fais marcher là ? Montre ta bubbleface à l'IDNA pour voir. »
Je ne croyais pas une seconde à son histoire. Sonja n'était pas le genre de femme à improviser, même pour surprendre quelqu'un.
« Regarde et tu m'y verras... » Jeta-t-elle d'un ton mort.
J'initialisai l'IDNA et l'image s'ajusta en halo sur le visage cadavérique de Sonja.
« C'est vraiment toi ! J'ai du mal à y croire. Monte je te donne l'accès au sas d'entrée. »
Je ne pouvais pas me convaincre que Sonja serait là d'un moment à l'autre. Mon cœur oscillait entre euphorie et inquiétude, un stress soudain s'empara de moi. L'appart n'est pas clean ...
Mes sous-vêtements, les draps et autres emballages laissés ça et là me frappaient le visage à chaque tour de tête. Sonja sera à l'entrée dans vingt secondes, il fallait que je fasse vite. Je me virevoltais du lit au salon, du sofa à la cuisine, me contorsionnant, attrapant ce que je pouvais au passage. Les mains encombrées de slips, de chaussettes et d'emballages diverses, je décidai de fourrer le tout dans le cuiseur à ions. Une alarme retentit aussitôt la porte verrouillée. Le cuiseur ne pouvait analyser le la biochimie de l'aliment à cuire. Je décidai de passer outre l'avertissement et je repoussai la cuisson à deux heures plus tard. Le bip du four coïncida avec le grincement de l'ouverture du sas d'entrée.
Je repris mon souffle et je me tenais, le cœur battant, à moitié vêtu face à la porte.
Sonja apparût la seconde suivante, elle ressemblait à un fantôme.
« Halo !» Fis-je d'un ton jovial quelque peu exagéré.
Sonja entra comme une zombie sans même me répondre.
Le sas se referma automatiquement sur ses talons, ventilant au passage une fragrance de violette. Elle n'avait pas changé de parfum depuis notre rencontre.
« Ca va ? Tu as l'air bizarre, tu veux quelque chose ? »
« Non, laisse-moi un moment, s'il te plait. » Elle me répondit du sofa, prostré comme un animal effrayé.
Je n'insistai pas, elle était visiblement perturbée, je ne voulais pas aggraver son embarras.
Je continuai, comme si de rien n'était. Je vaquai à mes devoirs ménagers, mon robot cleaner était en révision annuel.
Ce n'est qu'une bonne heure plus tard que Sonja m'adressa la parole d'une voix distordue et rauque.
« Je peux prendre un bain ? »
« Euh ! Vas-y, je t'en prie. Le diffuseur d'ambiance déraille un peu, mais tout le reste est ok. »
Sonja, toujours aussi ectoplasmique, se leva et s'enferma dans la salle d'eau sans plus de commentaires.
L'eau coula plusieurs dizaines de minutes. Je lançai à la volée quelques « Ca va ? » et n'eus que des « Hum » pour toute réponse.
Une bonne heure plus tard, Sonja réapparût enrubannée d'une serviette auto-chauffante autour de sa taille. Elle arborait un large sourire, son visage était tout autre, elle rayonnait.
« Ben ça alors, pour une douche bénéfique, c'est une douche bénéfique ! » Ironise-je, ahuri...
« T'as subi un lavage de cerveau ou quoi, t'as une sœur jumelle ?
« Arrête Hélias ! Ces voyages subcosmiques ne me réussissent décidément pas. Mon esprit ne voyage pas toujours aussi vite. J'ai besoin de raccroché les wagons comme on disait dans les temps anciens. »
« Tu me rassures, tu m'as fais une drôle de frayeur tout à l'heure. Tu aurais dû voir ta tête, une vrai zombie. »
Sonja était redevenue celle que je connaissais, elle souriait, rien à voir avec la femme que j'ai accueillis il y a quelques minutes.
« Ne t'inquiète pas ! Mon cerveau est revenu à sa place. » Elle fît tomber négligemment sa serviette sur le sol, ses cheveux bouclaient sur ses épaules.
Sa sensualité sylphide naquit à nouveau sous mes yeux. Il ne me fallut pas plus d'arguments pour oublier l'épisode, plutôt étrange, de son arrivée.
Je basculais et succombais tel un glaçon au soleil. Mon âme s'abandonnait à ses sens pervertisseurs, je fermais les yeux Sonja fît le reste ...

« Alors, l'Outland c'est comment ? »
« Outland ? Euh... Oui ! C'est désertique, aride, sec, chaud et stérile dans tous les sens du terme. Bref je me suis tirée de là, ce n'était pas pour moi. »
« J'avais cru comprendre que tu étais surexcitée de t'y rendre et d'y étudier les peuplades primitives qui y vivent. »
« Au début oui, ensuite, cela ressemblait plus à une visite guidée qu'à un séminaire d'anthropologie. J'ai voulu aller voir par moi-même en me soustrayant à la surveillance de l'encadrement de la mission. Mais, ils m'ont vite retrouvée et ils m'ont viré sans ménagements. Je suis dégoutée.
Du coup je suis venue étudier un spécimen plutôt particulier d'être humain : l'hélias de Berlin. »
Elle se mit à rire tout en me caressant le dos du bout de ses doigts.
« Enfin, je te reconnais bien là, rebelle à souhaits. »
« Tu penseras à me faire passer ton IDFile (fichier d'identité) pour actualiser IDNA et déclarer ta présence chez moi. »
« Je ne suis pas partie en bon termes avec le conseil anthropologique des nations australes. Je préfèrerais rester incognito, cela m'arrangerais vraiment. Tu peux faire ça pour moi. » Elle m'embrassa.
« Tu y as fort Sonja ! Comment veux tu que je fasse ça ? L'analyseur comportemental du block 111 va forcément te détecter. Et puis, j'ai déjà pas mal d'ennuis répertoriés sur mon PC. »
« Appelle ton frère Marley ! Il saura faire ça lui ! En plus il est trop mignon. »
« Ok je vais le contacter, mais à une condition ! »
Sonja se redressa étonnée, mes yeux se fixèrent sur sa poitrine aux tétons érectiles.
« Laquelle ? »
« Arrête de fantasmer sur mon frère, ça m'énerve ! »
« Bon c'est vrai qu'il est mégatop craquant, mais celui qui me fait chavirer c'est toi, ya pas photo ! »
Elle m'enfourcha à nouveau, j'eus quelques peines à la suivre. Heureusement, les bienfaits des molécules de Citrate de Sildenafil sont souvent d'un secours charitable...
Je contactai mon frère le soir même.
« Marley ? C'est Helias, tu vas bien ? »
« Je dormais et j'ai super chaud mais ca va ! »
Un crépitement distordant rendait notre conversation presque inaudible.
« Tu dors à cette heure, tu dois être malade ou t'as fais un mauvais trip ! Dis moi tu pourrais me rendre un service ? »
« Vas-y Bros, annonce je suis HS ! »
« Voilà, je vais faire court. Sonja est passée me voir, elle souhaiterait rester quelques temps. Tu pourrais reprogrammer l'analyseur comportemental de mon appart ? Elle souhaiterait rester incognito et moi je n'ai pas envie d'avoir d'autres rapports sur mon PC, si tu vois ce que je veux dire. »
« Qui est chez toi ? »
« Sonja ! » Répétai-je sans savoir si l'interrogation de Marley était dû à son étonnement ou à la mauvaise transmission.
« SONJA ??? mais elle..... »
« Les interférences solaires altèrent la qualité de votre communication. VOCACOM International vous prie de bien vouloir excuser ce dysfonctionnement indépendant de sa volonté... »
« VOCACOM International ???? »
Sonja se dirigeait vers moi.
« Alors c'est bon, il peut le faire ? »
« Je pense que oui, on a été coupé par Vocacom International pour des interférences solaires. Je pensais qu'ils n'opéraient que dans l'hémisphère sud et pas sur le vieux continent. »
« Oh tu sais maintenant que tout le marché est libéralisé, cela ne m'étonne pas. Comme autant, c'est Marley qui a détourné les connexions satellites, tu le connais.
Allez viens me rejoindre, j'ai envie de fêter ça ! »
« Tu as certainement raison. »
« NEWS-ONNNNNNN !!! Votre info, quand il le faut !!!... »
Une voix métallique transperça mon Dermacom et mon tympan du même coup.
« Mais qu'est-ce que c'est que ça ??? »
Sonja éclata de rire devant mon incrédulité.
« News-On météo : temps clair et dégagé sur Sidney...Les titres : Suicide collectif d'une secte new-age dans l'outland , la production céréalière en excédent, les ressources en eau au plus bas... »
« Ce n'est pas possible, arrête ça Hélias !!! »
Je déconnectai mon dermacom et la voix surexcitée du journaliste disparut.
« Waouh !!! Ce n'est pas trop tôt. Les news de Sydney en plus d'où ça vient ?? »
« Laisse tomber, on a mieux à faire. »
Elle m'attirait à nouveau dans ma chambre. Sonja est tout bonnement insatiable, elle est incroyable et j'en suis fou amoureux. Je fis ce qui m'était accordé de faire. Je m'acquittai de mon dû, au-delà de mes espérances. Ce fût divin.
Le lendemain, l'analyseur était reprogrammé, plus besoin de déclarer quoique ce soit aux autorités Berlinoise. Marley est un dieu et c'est mon frère !
Seul inconvénient du système, je devais supporter les interventions impromptues des infos de Sydney dans mon dermacom. Enfin si c'est le prix à payer.

Sonja resta chez moi plusieurs semaines jusqu'au jour où...

 

 


Commentaires

 

Perle-ZhuJiang  le 02-07-2009 à 03:01:53  #   (site)

Tout simplement parce que lorsque j'ai lu "Recueil de nouvelles fantastiques" cela m'a interpellé! Je suis en effet une fan du Georges, dans le sens le plus large du terme!

Je lis aussi bien Assimov, Bargavel, Bordage, Anne Rice, Terry Pratchett, Gemmel... (Bref dans le sens le plus large du terme j'avais bien dis!^^)

Perle-ZhuJiang  le 01-07-2009 à 16:07:55  #   (site)

Je veux la suite... Qu'est-ce qui se passe ensuite!!!

EVE
 
 
 

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